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Les choses n’arrivent jamais telles qu’on les attend.
Je ne pensais qu’aux affaires de Joanna et aux miennes. Aussi fut-ce avec surprise que, le lendemain, j’entendis au téléphone la voix de Nash, qui m’apportait une nouvelle d’importance :
— Nous la tenons, monsieur Burton !
Mon saisissement fut tel que je faillis lâcher le récepteur.
— Voulez-vous dire que…
Nash me coupa la parole :
— Êtes-vous sûr qu’on n’est pas en train d’écouter ce que vous dites ?
— Je ne crois pas… Pourtant…
Il me semblait avoir vu bouger la porte de la cuisine. Nash reprit :
— Est-ce que ça vous ennuierait de venir jusqu’au commissariat ?
— Nullement. J’arrive.
Quelques instants plus tard, j’étais dans le bureau de Nash, avec le sergent Parkins. Nash rayonnait.
— La chasse a été longue, me dit-il, mais nous ne sommes pas loin de la fin.
Il me tendait une lettre par-dessus la table. Elle était entièrement dactylographiée et le texte, par comparaison à d’autres, était assez bénin :
Inutile de vous figurer que vous allez prendre la place de la morte. La ville entière se moque de vous. Filez sans plus attendre ! Bientôt, il sera trop tard. Ceci est un avertissement. Souvenez-vous de ce qui est arrivé à l’autre fille ! Allez-vous-en et ne revenez pas !
Suivaient quelques injures passablement obscènes.
— Ce poulet, reprit Nash, est parvenu à Miss Holland, ce matin.
— Je trouvais drôle qu’elle n’ait encore rien reçu ! dit le sergent Parkins.
— Qui l’a écrit ? demandai-je.
La joie disparut du visage de Nash.
— J’en suis désolé, me répondit-il, parce que le coup va être dur pour un brave homme, mais je n’y peux rien. Peut-être, d’ailleurs, se doute-t-il déjà de quelque chose…
— Qui a écrit cette lettre ? répétai-je.
— Miss Aimée Griffith.